1952, Picasso à Papini :
« Du moment que l'art n'est plus l'aliment qui nourrit les meilleurs,
l'artiste peut exercer son talent en toutes les tentatives de nouvelles
formules, en tous les caprices de la fantaisie, en tous les expédients
du charlatanisme intellectuel. Dans l'art, le peuple ne cherche plus
consolation et exaltation, mais les raffinés, les riches, les oisifs,
les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l'étrange,
l'original, l'extravagant, le scandaleux. Et moi-même, depuis le cubisme
et au-delà, j'ai contenté ces maîtres et ces critiques, avec toutes les
bizarreries changeantes qui me sont passées en tête, et moins ils le
comprenaient et plus ils m'admiraient. A force de m'amuser à tous ces
jeux, à toutes ces fariboles, à tous ces casse-tête, rébus et
arabesques, je suis devenu célèbre et très rapidement. Et la célébrité
signifie pour un peintre : ventes, gains, fortune, richesse. Et
aujourd'hui, comme vous savez, je suis célèbre, je suis riche. Mais
quand je suis seul à seul avec moi-même, je n'ai pas le courage de me
considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot. Ce
furent de grands peintres que Giotto, le Titien, Rembrandt et Goya ; je
suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et a épuisé le
mieux qu'il a pu l'imbécillité, la vanité, la cupidité de ses
contemporains. C'est une amère confession que la mienne, plus
douloureuse qu'elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d'être
sincère4. »
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